Une exposition au Phakt -Centre culturel Colombier du 27 mars au 23 mai 2026.


























Artiste plasticienne installée à Rennes, Sarah Lück développe une pratique mêlant dessin, sculpture, peinture et installation à partir de matériaux glanés et récupérés. Son travail explore les enjeux du réemploi et de l’économie circulaire, tout en interrogeant les relations entre matières, gestes et territoires. Chaque projet se construit à partir de ce qui est disponible : matériaux issus de la récupération, architectures existantes, usages quotidiens et contraintes propres du territoire. Cette méthode du « faire avec » structure l’ensemble de sa démarche. Elle implique une attention soutenue aux contextes humains et matériels et transforme chaque lieu d’intervention en espace de recherche.
Depuis plusieurs années, Sarah Lück mène des projets en partenariat avec des ressourceries, des structures culturelles et des habitant·es, notamment à l’échelle de Rennes Métropole. Ces recherches sont aujourd’hui rassemblées dans le cadre de l’exposition Variables. Au fil de ses projets, la participation des usager·es est devenue une composante essentielle de sa pratique. Il s’agit d’un engagement direct dans le processus de création, où gestes, échanges et contributions participent pleinement à l’élaboration des œuvres.
Dans la continuité de cette démarche, Variables se déploie comme un projet en plusieurs phases. En amont de l’exposition, un atelier ouvert, intitulé « L’atelier de Sarah », a été installé pendant deux semaines au centre commercial Colombia. Ce dispositif a constitué une phase active de production et de recherche, articulant apports de matériaux, échanges informels, ateliers participatifs et accompagnement des processus de fabrication.
Ce lieu a fonctionné à la fois comme espace de travail, matériauthèque et espace de rencontre. Il a permis d’inviter un public élargi à prendre part au processus de création, y compris des personnes peu familières des pratiques artistiques, en proposant une approche sensible des matières, des formes et des gestes.
Durant quinze jours, des publics de tous horizons — amateur·rices, curieux·ses, passant·es, habitant·es — ont contribué à alimenter l’atelier en matériaux variés (métal, bois, papier, textile…), sélectionnés pour leurs qualités plastiques : capacité à capter la lumière, intensité des couleurs ou propriétés formelles.
L’atelier s’est également affirmé comme une ressourcerie de compétences. Chacun·e y a contribué selon ses savoir-faire, ses envies et sa disponibilité, tandis que le lieu constituait un espace ressource pour des pratiques émergentes : étudiant·es en art et artistes en devenir, venant solliciter conseils et échanges. « L’atelier de Sarah » s’est ainsi structuré comme un espace de transmission et de circulation des savoirs.
Le dispositif a fonctionné comme une ressourcerie éphémère et évolutive, caractérisée par des flux constants de matériaux : apports quotidiens venant enrichir la matériauthèque et redistributions régulières de matériaux non retenus, mis à disposition des visiteur·euses.
Cette expérimentation met en évidence la dimension hybride de la pratique de l’artiste et son ouverture vers une œuvre collective.
Il ne s’agit plus uniquement de prélever des matériaux dans un environnement donné, mais également d’activer les ressources humaines d’un territoire : rencontres, présences et gestes partagés deviennent constitutifs du processus de création. Cette approche intègre aussi des temps d’échange avec les personnes travaillant sur le site du centre commercial ainsi qu’avec les structures partenaires, inscrivant le projet dans une dynamique collective, contextuelle et située.
À la croisée de la peinture et de la sculpture, Sarah Lück développe une pratique picturale élargie où le chassis devient protéiforme et se construit à partir d’assemblages aux configurations multiples. Les œuvres prennent la forme de modules muraux ou de structures en volume, oscillant entre maquette, sculpture et installation.
Le travail de Sarah Lück repose sur l’assemblage de matériaux bruts, qu’ils soient naturels ou industriels, souvent modestes et immédiatement disponibles. Elle explore leurs qualités propres — poids, volume, texture — tout en les organisant selon des principes issus de la peinture : rythme, surface, tonalité et complémentarité des couleurs. La couleur agit ici comme un lien structurant, unifiant des éléments hétérogènes au sein de compositions ouvertes. Sans plan préétabli, l’artiste privilégie une approche fondée sur le lâcher-prise et l’expérimentation. Il s’agit d’apprivoiser les matériaux, de les combiner, de jouer avec leurs formes et leurs contraintes. Le processus de création repose ainsi sur la mise en place de contextes poreux, où la découverte et l’improvisation occupent une place centrale.
Ni tout à fait peinture, ni tout à fait sculpture, les œuvres de Sarah Lück se situent dans un entre-deux fécond. Par l’assemblage, la superposition et le recouvrement, elle transforme le réel en une vaste abstraction, donnant forme à des « peintures dans l’espace », à la fois sensibles, dynamiques et profondément ancrées dans leur contexte de production. Texte d’exposition ©Phakt